Oiseau mange insectes
Extraits du "Langage des oiseaux" Attâr

La quatrième vallée, ou vallée de l’indépendance Istignâ

« Vient ensuite (continua la huppe) la vallée où il n’y a ni prétention à avoir ni sens spirituel à découvrir.

De cette disposition de l’âme à l’indépendance il s’élève un vent froid dont la violence ravage en un instant un espace immense.

Les sept océans ne sont plus alors qu’une simple mare d’eau ;
les sept planètes, qu’une étincelle ;
les sept cieux, qu’un cadavre ;
les sept enfers, de la glace brisée.

Alors, sans qu’on puisse en deviner la raison, la fourmi, chose étonnante ! a la force de cent éléphants ;
alors cent caravanes périssent dans l’espace de temps que met la corneille à remplir son jabot.

Pour qu’Adam fût éclairé de la lumière céleste, des milliers d’anges au vert vêtement furent consumés par la douleur.
Pour que Noé fût charpentier (de Dieu pour l’arche), des milliers de créatures furent privées de la vie.
Des milliers de moucherons tombèrent sur l’armée d’Abrahah pour que ce roi pût être terrassé ;
des milliers d’enfants eurent la tête tranchée pour que Moïse vît Dieu ;
des milliers de personnes prirent la ceinture des chrétiens pour que le Christ fût le mahram des secrets de Dieu.
Des milliers d’âmes et de coeurs furent au pillage pour que Mahomet montât une nuit au ciel.

Ici en ce lieu, ni ce qui est nouveau ni ce qui est ancien n’a de la valeur ;
tu peux agir ou ne pas agir

Si tu voyais un monde entier brûler jusqu’au coeur par le feu, tu n’aurais encore qu’un songe au prix de la réalité.
Des milliers d’âmes qui tombent sans cesse auprès de cet océan sans limite ne sont là qu’une légère et imperceptible rosée.
Ainsi des millions d’individus se livreraient au sommeil sans provoquer par là le soleil à les couvrir de son ombre.

En vain la terre et le ciel se diviseraient en menues parcelles, que tu ne pourrais pas même saisir la feuille d’un arbre ;
et cependant si tout tombait dans le néant, depuis le poisson jusqu’à la lune, on trouverait encore au fond d’un puits la patte d’une fourmi boiteuse.

Quand même les deux mondes seraient tout à coup anéantis, il ne faudrait pas nier l’existence d’un seul grain de sable de la terre.
S’il ne restait aucune trace ni d’hommes ni de génies, fais attention au secret de la goutte de pluie (dont tout a été formé).
Si tous les corps disparaissaient de la terre, si même un seul poil des êtres vivants n’existait plus, quelle crainte y aurait-il à avoir ?
Bref, si la partie et le tout étaient complètement anéantis, ne resterait-il pas un fétu sur la face de la terre ?
Quand bien même en une seule fois les neuf coupoles de l’univers seraient détruites, ne resterait-il pas une goutte des sept océans ?

Moucharabieh
Oiseau la huppe
Textographie Simorg
Textographie Simorg
Voliere du Simorg