Oiseau mange insectes
Extraits du "Langage des oiseaux" Attâr

La première vallée de la recherche : TALAB

Un autre oiseau dit à la huppe :
« 0 toi qui connais le chemin... en parles et où tu veux nous accompagner ! la vue doit s’obscurcir sur cette route qui paraît pénible et longue de bien des parasanges. [1] »
« Nous avons, répondit la huppe, sept vallées à franchir,... et ce n’est qu’après ces vallées qu’on découvre le palais du Simorg.
Personne n’est revenu dans le monde après avoir parcouru cette route ; on ne saurait connaître de combien de parasanges en est l’étendue.
Puisqu’il en est ainsi, comment veux-tu qu’on puisse t’instruire à ce sujet et calmer ton impatience ?
Insensé que tu es, tous ceux qui sont entrés sur cette route s’y étant égarés pour toujours, comment pourraient-ils t’en donner des nouvelles ?

La première vallée qui se présente est celle de la recherche (talab) ;
celle qui vient ensuite est celle de l’amour (’ischc), laquelle est sans limite ;
la troisième est celle de la connaissance (uta’rifat),
la quatrième celle de l’indépendance (istignâ),
la cinquième celle de la pure unité (tauhîd),
la sixième celle de la terrible stupéfaction (hairat),
la septième enfin celle de la pauvreté (facr) et de l’anéantissement (fanâ), vallée au-delà de laquelle on ne peut avancer.
Là tu seras attiré et cependant tu ne pourras continuer ta route ;
une seule goutte d’eau sera pour toi comme un océan.

Aussitôt que tu seras entré dans la première vallée, celle de la recherche (talab), cent choses pénibles t’assailliront sans cesse.
A chaque instant tu auras à éprouver en ce lieu cent épreuves ; le perroquet du ciel n’est là qu’une mouche.

Il te faudra passer plusieurs années dans cette vallée à faire de pénibles efforts et y changer d’état.
Il te faudra abandonner en effet tes richesses et te jouer de tout ce que tu possèdes.
Il te faudra entrer dans une mare de sang en renonçant à tout ;
et quand tu auras la certitude que tu ne possèdes plus rien, il te restera encore à détacher ton coeur de tout ce qui existe.

Lorsque ton coeur sera ainsi sauvé de la perdition, tu verras briller la pure lumière de la majesté divine, et, lorsqu’elle se manifestera à ton esprit, tes désirs se multiplieront à l’infini.

Y aurait-il alors du feu sur la route du voyageur spirituel et mille nouvelles vallées plus pénibles à traverser les unes que les autres, que, mû par son amour, il s’engagerait comme un fou dans ces vallées et se précipiterait comme le papillon au milieu de la flamme.

Poussé par son délire, il se livrera à la recherche figurée par cette vallée ; il en demandera à son échanson une gorgée. Lorsqu’il aura bu quelques gouttes de ce vin, il oubliera les deux mondes.
Submergé dans l’océan de l’immensité, il aura cependant les lèvres sèches, et il ne pourra demander qu’à son propre coeur le secret de l’éternelle beauté.
Dans son désir de connaître ce secret, il ne craindra pas les dragons qui cherchent à le dévorer.

Si, en ce moment, la foi et l’infidélité se présentaient ensemble à lui, il les recevrait également volontiers, pourvu qu’elles lui ouvrent la porte qui devrait le faire parvenir à son but.
En effet, quand cette porte lui est ouverte, qu’est alors la foi ou l’infidélité, puisque de l’autre côté de cette porte il n’y a ni l’une ni l’autre ? »

1] unité de longueur : 40 stades enivron

Moucharabieh
Oiseau la huppe
Textographie Simorg
Textographie Simorg
Voliere du Simorg